La vidéosurveillance fait désormais partie du quotidien
L'oeil est dans la ville
Balade possible dans un Strasbourg bien réel. Année 1984+20, un jour comme les autres, sous l'oeil des caméras.

40 caméras-boules ont déjà été installées par la Ville pour "lutter contre la délinquance", notamment dans le secteur de la cathédrale.(Photo DNA - Christian Lutz-Sorg)
Près de 70 caméras surveillent l'intérieur de la grande surface et ses alentours. Une équipe de télésurveillants se relaie pour opérer les 35 yeux mobiles qui couvrent l'intérieur du magasin.(Photo DNA - Michel Frison)

 La surveillance, pour certains, ne s'arrête jamais. Elle démarre dès le réveil chez les techno-exhibos équipés d'une webcam afin de jeter les détails de leur vie privée à la face du monde.
 Pour le commun des mortels, une simple course dans le centre-ville garantit une apparition, même fugace, dans l'oeil d'une caméra. En effet, le privé a installé des dizaines de milliers d'appareils. Pour surveiller l'accès aux parkings, aux entreprises, certains postes de travail jugés sensibles, les allées des magasins ou les guichets automatiques des banques. Des caméras aux trois quarts non déclarées, donc incontrôlées... voire incontrôlables.

Caméras légales...

 Les lieux de travail et de consommation sont quadrillés. L'espace public le sera bientôt complètement : la Ville a déjà installé 40 caméras pour « lutter contre la délinquance ». Des yeux bienveillants et ultraperformants : rotation à 360°, zoom puissant, 8 000 à 9 000 euros la pièce. Coût : 2,6 millions d'euros, votés en avril 2003 par le conseil de CUS. D'ici la fin du trimestre, 40 nouveaux engins devraient apparaître à la Meinau et à Hoenheim.
 En tout, 4,1 millions ? de crédits de paiement ont été votés pour 2004. La couverture du territoire de l'agglomération devrait donc se développer.

Bus et tram :
images utilisées
qu'en cas d'agression

 En attendant, la Ville a recruté huit opérateurs pour manipuler les caméras déjà installées. Pour permettre un fonctionnement 24 h/24, six nouvelles recrues entreront bientôt en service. Quatorze professionnels, installés à la CUS dans une salle des écrans avec du matériel de pointe, configuré pour traquer le comportement suspect. Des cerbères qui signalent les délits à la police municipale ou au centre de commandement du commissariat du Heyritz auquel ils envoient les images en temps réel. Bus et tram n'ont rien d'un havre de paix. Ici aussi, c'est caméra pour tout le monde. Les yeux enregistrent tout, mais les images, conservées un mois, ne sont utilisées qu'en cas d'agression. Pour transmission à la police et/ou à la justice.

70 caméras,
850 interpellations
dans une grande surface

 Une procédure de routine pour cette grande surface de l'agglomération, équipée de près de 70 caméras qui ont permis 850 interpellations en 2003. 34 fixes filment des points sensibles : bijouterie, salle de traitement des fonds, accès au poste de commandement, réserves etc. Certaines filment des gens à leur poste de travail. D'autres servent surtout à la prévention incendie : un opérateur est devant son écran 24 h/24, 365 jours par an.
 Par contre, les 35 caméras mobiles ne sont actives que pendant les horaires d'ouverture. Dans un local aveugle mais bourré d'écrans, un clavier devant lui, un vidéosurveillant passe d'une caméra à l'autre. Pointées sur les secteurs clés du magasin, les caméras rotatives en couleurs, des « speed domes », dotées d'une focale 8/80 permettent de lire par dessus l'épaule d'un client sans souci.

Utilisation illégale

 Ce vendredi, un des 10 surveillants de la grande surface, posté en mezzanine au-dessus des travées, signale une adolescente au collègue planté devant son mur d'images. Cinq secondes suffisent pour qu'il la trouve. Elle apparaît à l'écran. Il l'observe quelques instants : « Je la sens pas », marmonne-t-il en tripotant son joystick pour zoomer sur la bouille de la petite. Il ajoute : « Elle a l'air perdue : elle regarde partout, elle compte beaucoup ses sous ».
 Pas facile de dire ce qui fait un « comportement suspect » mais là, ça saute aux yeux. Aussi évident qu'un policier en civil aux abords d'une manifestation.
 Mais la môme, qui a piqué un chouchou ou un crayon pour les yeux, a tout de l'amateur. Pas comme la trentaine de bons clients qui peuplent le trombinoscope remisé dans un placard.
 Un cahier rouge, constitué dans la plus parfaite illégalité avec des tirages-papier des images caméras du magasin, les tronches des surdoués de la grivèlerie. Du couple chemise-cravate et tailleur-talons à la prolétaire de périphérie. « Dans la fauche, y a ni âge, ni couleur, ni religion : on a déjà chopé des bonnes soeurs », commente le responsable sécurité de l'enseigne.
 En marge des photos, les circonstances de la dernière interpellation, le nom, le prénom. Ou néant quand le monte-en-l'air, jamais coincé autrement qu'en photo, court encore.

M.P.

Lire également en page LO 12 : la carte des caméras installés dans la CUS, le circuit filmé d'un citoyen ordinaire et l'interview d'un chercheur en information scientifique et technique.
© Dernières Nouvelles d'Alsace  - Dim 1 fév. 2004 Fermer la fenêtre